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Eco-conçu / pas éco-conçu, où est la limite ?



À partir de quand peut-on considérer et affirmer qu’un produit est éco-conçu ? Chez Gingko 21, nous recevons très fréquemment cette question. Pourquoi ? Tout d’abord, pour s’assurer que l’entreprise peut communiquer. Et aussi, pour savoir si l’équipe est allée assez suffisamment loin dans sa démarche.


Malheureusement, il n’y a pas de réponse simple et directe à cette question.


Si l’éco-conception est encadrée par des normes internationales, en particulier ISO TR 14062, ISO 14006 et surtout NF EN IEC 62430 (2019), ce ne sont pas les normes d’éco-conception qui nous donneront la réponse. En effet, ces normes décrivent les processus et les bonnes pratiques d’éco-conception, mais ne fixent pas de seuil qui permettrait de distinguer un produit/service éco-conçu d’un produit/service ordinaire.


Par ailleurs, s’il existe des écolabels permettant d’identifier une peinture[1] ou un service d’hotellerie[2] éco-conçu, il n’existe pas d’écolabel officiel qui pourrait s’appliquer à tout type de produit/service pour en garantir la performance environnementale. C’est bien logique : comment définir des critères de performance environnementale qui s’appliqueraient aussi bien à une purée en flocons qu’à

un service d’accès à internet, pour ne considérer que des offres grand public (B2C) ?


Alors, si votre offre n’est couverte par aucun référentiel d’écolabel, comment discerner si elle est ou non éco-conçue ?


Reprenons la définition de l’éco-conception : d’après la norme ISO 14006, il s’agit de « l'intégration systématique des aspects environnementaux dès la conception et le développement de produits (biens et services, systèmes) avec pour objectif la réduction des impacts environnementaux négatifs tout au long de leur cycle de vie à service rendu équivalent ou supérieur ». L’éco‐conception concerne donc la «conception d’un produit, d’un bien ou d’un service, qui prend en compte, afin de les réduire, ses effets négatifs sur l’environnement au cours de son cycle de vie, en s’efforçant de préserver ses qualités ou ses performances ». (source directe : NFX 30-901:2018, adapté de l’ISO 14006:2011).


Il est donc possible de s’assurer que l’entreprise déroule une démarche d’éco-conception, conforme à la définition de l’ISO. Cela implique d’adapter le processus de conception, de former les équipes, de mesurer les impacts environnementaux sur le cycle de vie et de vérifier que la qualité n’est pas dégradée.


Pour autant, la conformité à la définition ne garantit en rien l’atteinte d’une performance environnementale. Il n’y a pas de seuil minimum de progrès environnemental sur lequel adosser une promesse d’éco-conception. La « réduction des impacts environnementaux négatifs » pourrait être non significative, tout en restant conforme à la définition.


Pour définir un seuil au niveau d’un produit, il faudrait pouvoir définir un seuil global, et en déduire un seuil par secteur, puis le décliner par produit ou entreprise, comme cela se fait pour le carbone avec les trajectoires 1,5° ou 2°C. Des chercheurs ont tenté de définir des seuils globaux pour les différents indicateurs de l’ACV (Analyse de Cycle de Vie) à l’aide des limites planétaires. Cependant, bien que théoriquement valable, la démarche reste pour l’instant trop peu robuste par manque de données fiables et de cadre de correspondance solide entre les limites planétaires et la plupart des indicateurs de l’ACV[3].


Dans ce contexte, en attendant que le cadre théorique et les données disponibles se stabilisent, c’est à l’entreprise de définir l’ambition de sa démarche d’éco-conception. C’est ce que font Decathlon ou encore L’Oréal , nous y reviendrons dans un prochain billet.


Conservons en mémoire pour l’instant qu’il est plus juste d’affirmer que « le développement de ce produit s’inscrit dans une démarche d’éco-conception » plutôt que « ce produit est éco-conçu ». Dans tous les cas, l’affirmation devrait être soutenue par une explication du contenu de la démarche et une évaluation chiffrée de la réduction d’impacts atteinte, sur les indicateurs retenus par l’entreprise.




[3] Voir étude Enjeux environnementaux, hiérarchisation et intégration stratégique : quelle place pour l’acv et les limites planetaires ? Gingko 21 - Quentin Bézier, Quentin Baret, Hélène Teulon et I Care - Caroline Catalan, Guillaume Neveux pour Score LCA : https://scorelca.org/scorelca/etudes-acv.php

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