Apprendre à ciel ouvert : pourquoi les ateliers en pleine nature sont-ils plus productifs ?
- Gentiane Gastaldi
- 20 janv.
- 6 min de lecture
L’école hors des salles de classe, des philosophes qui pensent en marchant, des réunions en promenade : toutes ces pratiques témoignent du lien fort entre le développement cognitif et le mouvement en plein air. Mais pourquoi retourner dans la nature et arpenter le « dehors » aurait-il autant d’effets positifs sur notre apprentissage ? À une époque où les défis écologiques nous invitent à repenser notre rapport au vivant, les apprentissages en pleine nature offrent une opportunité de renouer avec ce qui fait notre essence profonde…

Un lien puissant documenté au fil des siècles
Dans les années 50, les pays nordiques développent l’éducation en plein air pour les jeunes enfants, répondant à un besoin grandissant de reconnexion avec la nature et de pédagogie plus active. Ces "Forest School"[1] ou autres formats d’études en dehors de la salle de classe traditionnelle se multiplient et le constat est sans appel : les enfants apprennent mieux en bougeant, en explorant et en interagissant avec leur environnement naturel. Depuis une dizaine d’années les études se multiplient et d’autres pays s’intéressent à ces pratiques alternatives.
Pendant des siècles, les philosophes du monde entier ont documenté l’impact du mouvement et de la nature dans la naissance de leurs idées. Jean-Jacques Rousseau indique dans Rêverie du promeneur solitaire (1782) : "Je ne puis méditer qu’en marchant. Dès que je m’arrête, je ne pense plus ; ma tête ne va qu’avec mes pieds." Dans son œuvre De la marche (1851), Henri-David Thoreau décrit la marche, comme une pratique salutaire, libérant l’humain et lui permettant de s’éveiller à lui-même via son exploration et sa communion avec la nature. Les Grecs Anciens, à l’image d’Aristote, ont eux-mêmes pour coutume de marcher en petits groupes pour façonner les esprits et avancer dans leurs questionnements philosophiques.
Plus récemment, le monde professionnel s’est inspiré de la marche et des bienfaits de l’extérieur donnant lieu à des nouvelles pratiques comme les « réunions marchées » (co-walking, walk meetings, walk and talk…) avec la promesse de mieux réfléchir, devenir plus créatif et favoriser l’échange en changeant d'environnement.
L’accès à la nature développe notre apprentissage
Pendant des milliers d'années, l’humain a appris et développé son système cognitif en observant, touchant, expérimentant dans la nature. Le cerveau humain est capable de traiter des informations multisensorielles (odeurs, sons, textures, mouvements, couleurs…). Cette diversité des stimuli mentionnée dans différentes études sur les « Forest Schools » permet de développer l’attention et la concentration, favorisant un meilleur apprentissage[2]. Se trouver dans un environnement plus stimulant (bruit d’oiseaux, lumières variables, vent…) permettrait une meilleure rétention de l’information qui s’inscrirait dans la mémoire de manière synesthésique[3].
Il semblerait que simplement voir des espaces verts même depuis une fenêtre améliore considérablement les capacités de concentration, les capacités cognitives en général et les performances à l'école[4].
Au-delà d’une dimension de plaisir associée à la contemplation de la nature (biophilie), être à l’extérieur permettrait d’améliorer l’humeur et par la même occasion de développer la motivation de l’individu et son envie de s’investir, de travailler[5].
L’éducation en plein air favoriserait la capacité des élèves à transférer les connaissances acquises à d’autres situations de la vie quotidienne[6].
Enfin l’accès à la nature permettrait à notre cerveau de mieux se ressourcer car regarder des paysages, écouter le vent, le bruit des oiseaux sollicite peu de ressources cognitives[7]. L'accès aux espaces verts réduit le stress et la pression artérielle, permettant d'être plus ouvert à l'apprentissage[8]
L'accès à la nature oui, mais en mouvement !
Si la nature, par sa richesse sensorielle et son cadre apaisant, crée un environnement idéal pour apprendre, se mettre en mouvement agit aussi comme un catalyseur puissant pour notre cerveau.
La marche régulière peut améliorer la mémoire et favoriser l’apprentissage. Cela serait notamment dû à l’augmentation du flux sanguin vers le cerveau, favorisant ainsi la libération de neurotransmetteurs liés au bien-être et à la clarté mentale et ainsi augmenter la flexibilité cognitive[9].
Être en mouvement active notre cerveau comme l’écrit Barbara Oakley dans A mind for Numbers : « Un chimiste remarquablement inventif du milieu du XIXe siècle, Alexander Williamson, a observé qu’une promenade solitaire valait une semaine dans le laboratoire pour l’aider à faire progresser son travail… »
Marcher en pleine nature stimule la créativité : Marcher stimule la créativité dans beaucoup de domaines : ainsi nombre d’écrivains célèbres, tels Jane Austen, Carl Sandburg et Charles Dickens, ont trouvé l’inspiration au cours de leurs fréquentes et longues promenades. »[12]. D’après l’étude menée par Oppezzo et Schwartz en 2014, 60 % des participants qui marchaient étaient plus créatifs dans leurs réponses que ceux qui restaient assis. Cette créativité persistait pendant plusieurs minutes après l’arrêt de la marche.

Penser « à ciel ouvert » pour affiner son rapport à soi, aux autres et au vivant
La nature offre des espaces plus vastes qu’une salle de réunion, qu’un amphithéâtre ou qu’une salle de classe. Il n’y a plus aucun mur pour faire barrière, mais des paysages à explorer. La coopération est ainsi plus naturelle entre les "étudiants" qui font classe en plein air, car il n'y a plus de barrières physiques pour structurer leurs comportements sociaux et empêcher les rapprochements[10].
De plus, les composants naturels stimulent l‘activité neuronale différemment et encouragent à un décentrage, nous prenons du recul sur ce qui nous entoure, cela nous permet de vois lres problèmes différemment[11].
Enfin, l’école en plein air permet à l’enfant de développer une meilleure compréhension du vivant. L’immersion dans la nature lui rappelle qu’il fait partie du vivant et de la nature, et développe sa sensibilité au vivant.
Alors, pourquoi ne pas goûter nous aussi le plaisir d’apprendre à l’air libre ?
Si cela vous tente, sollicitez les équipes de Gingko 21 : nous sommes formés et équipés pour vous accompagner « à ciel ouvert » !
Références bibliographiques
[1] Martel, C., & Wagnon, S. (2022). L'école dans et avec la nature, la révolution pédagogique du XXIe siècle.
[2] Gruet, B. (2021). Entretien réalisé par Brice Gruet. Dans La Géographie, 2021/3, n° 1582. Taylor, A. F., Kuo, F. E., & Sullivan, W. C. (2001). Coping with ADD: The surprising connection to green play settings. Environment and Behavior, 33(1), 54-77. FRENE. (2013). Références bibliographiques. Réseau École et Nature. Disponible sur frene.org (consulté le 18 janvier 2026).
[3] Fägerstam, E., and Blom, J. (2012). Learning biology and mathematics outdoors: effects and attitudes in a Swedish high school context. J. Advent. Educ. Outdoor Learn. 13, 56–75. Dettweiler, U., et al. 2015). Investigating the motivational behavior of pupils during outdoor science teaching within self-determination theory. Front. Psychol. 6:125.
[4] UNICEF. (2021). The Necessity of Urban Green Space for Children’s Optimal Development.
[6] Becker, C., Lauterbach, G., Spengler, S., Dettweiler, U., & Mess, F. (2017). Effects of Regular Classes in Outdoor Education Settings: A Systematic Review on Students’ Learning, Social and Health Dimensions. International Journal of Environmental Research and Public Health, 14(5), 485.
[7] Mason, L., Ronconi, L., Scrimin, S., & Eklund, L. (2022). The benefits of nature contact for children: A systematic review. Journal of Environmental Psychology, 79, 101738. · Dadvand, P., Nieuwenhuijsen, M. J., Esnaola, M., Forns, J., Basagaña, X., Alvarez-Pedrerol, M., ... & Sunyer, J. (2015). Green spaces and cognitive development in primary schoolchildren. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(26), 7937-7942. Berto, R. (2005). Exposure to restorative environments helps restore attentional capacity. Journal of Environmental Psychology, 25(3), 249-259.
[8] Song, C., Ikei, H., & Miyazaki, Y. (2016). Physiological Effects of Nature Therapy: A Review of the Research in Japan. International Journal of Environmental Research and Public Health, 13(8), 781. https://doi.org/10.3390/ijerph13080781
[9] ten Brinke, L. F., Bolandzadeh, N., Nagamatsu, L. S., et al. (2015). Aerobic exercise increases hippocampal volume in older women with probable mild cognitive impairment: a 6-month randomised controlled trial. British Journal of Sports Medicine.
[10] White, R. (2012). The importance of place attachment in human life. Journal of Environmental Psychology, 32(4), 363-371. Chawla, L., Keena, K., Pevec, I., & Stanley, E. (2014). Green schoolyards as havens from stress and resources for resilience in childhood and adolescence. Health & Place, 28, 1-13. Warber, S. L., DeHudy, A. A., & Bialko, M. (2015). The physiological and psychological effects of forest therapy: A review of the research. Frontiers in Public Health, 3, 279.
[11] Duvall, J., & Sullivan, W. C. (2016). How to get more out of the green exercise experience. Insights from attention restoration theory. Dans J. Barton (Éd.), Green exercise. Linking nature, health and well-being (p. 37-45). Routledge.
[12] Oakley, B. (2014). A Mind for Numbers.

