A Pâques, quel chocolat choisir pour limiter son impact environnemental ?
- Agrippine Denis

- 2 avr.
- 6 min de lecture
La traditionnelle chasse aux œufs de Pâques est bientôt de retour. Pourtant, derrière chaque œuf en chocolat se cachent des enjeux environnementaux complexes que l’analyse de cycle de vie permet d’éclairer. Avant d’en examiner les impacts, voici quelques chiffres clés sur la consommation en France :

Le chocolat, majoritairement produit en Afrique de l’Ouest[4], fait bel et bien partie des plaisirs coupables des français.es ! Cependant, lorsqu’il est produit dans de mauvaises conditions, ses impacts sociaux et environnementaux peuvent être nombreux et particulièrement dévastateurs.
Dans la suite de cet article, nous répondrons à la question suivante, à laquelle vous pouvez d’ores et déjà réfléchir, confortablement assis.e dans votre fauteuil : A Pâques, comment diminuer l’impact environnemental lié à sa consommation de chocolat ? (Faut-il s’imaginer manger du chocolat sans le faire vraiment ? Privilégier le chocolat noir, au lait, blanc ? ou manger des carottes à la place ?)
Le chocolat : un produit aux impacts sociaux et environnementaux élevés
La figure ci-dessous présente les résultats d’une analyse de cycle de vie d’1kg de chocolat noir à partir des données de la base de données Agribalyse (une base de données à laquelle Gingko 21 a largement contribué, retrouvez l’histoire de cet accompagnement ici). Chaque barre d’histogramme représente un indicateur environnemental. Une sélection des indicateurs les plus pertinents[5] pour ce type de produit a ici été réalisée. Chaque couleur représente une étape du cycle de vie du chocolat, de la production des matières premières jusqu’à sa consommation. Plus la surface colorée est grande, plus l’étape en question contribue fortement aux impacts.

Une première conclusion saute aux yeux : la majorité de l’impact provient de l’amont agricole[6] comprenant la production de cacao, quel que soit l’indicateur considéré (59 à 99% des impacts). L’emballage est un contributeur largement secondaire et toutes les autres étapes ont des impacts très faibles.
Mais alors, pourquoi la production de chocolat est-elle si impactante ?
Toute production agricole suit un itinéraire cultural précis pour obtenir les rendements nécessaires pour répondre aux demandes et besoins des producteurs et consommateurs. Suivre cet itinéraire cultural implique d’utiliser des intrants agricoles (engrais, produits phytosanitaires, etc.) et des machines (tracteurs, etc.) fonctionnant au gazole.
En agriculture conventionnelle, le recours aux engrais de synthèse et aux produits phytosanitaires est plus important, ce qui peut accroître les impacts environnementaux (pollution de l’eau, de l’air et des sols, émissions de gaz à effet de serre, etc.). À l’inverse, l’agriculture biologique limite l’usage de ces intrants, en privilégiant des alternatives moins impactantes, mais présente généralement des rendements plus faibles. Dans tous les cas, la production et l’utilisation des intrants mobilisent des ressources minérales et fossiles et génèrent différents types d’émissions (nitrates, métaux lourds, gaz à effet de serre, etc.), susceptibles d’affecter l’environnement et la santé humaine.
En plus de cela, pour répondre à la demande croissante et pour contrer l’appauvrissement des sols lié à la monoculture, il a fallu augmenter les surfaces de production et donc déforester à outrance. La surface de production de cacao s’élevait à 4 millions d’hectares dans les années 1960 et a augmenté pour atteindre 12 millions d’hectares en 2022[7]. Cela a notamment engendré la déforestation de forêts primaires[8], et donc la libération du carbone stocké dans les arbres et le sol mais aussi une atteinte majeure à la biodiversité hébergée dans ces forêts. Des espèces sont aujourd’hui menacées voire ont déjà disparu à cause de cette croissance de la demande en cacao.
Enfin, la culture du cacao soulève également des enjeux sociaux importants : les producteurs sont faiblement rémunérés et le recours au travail des enfants est encore observé dans certaines plantations.
Le chocolat noir, moins sucré mais plus impactant ?
Il est donc légitime de s’interroger : existe-t-il des différences d’impact environnemental entre les chocolats (noir, au lait ou blanc) et, le cas échéant, lequel de ces chocolats doit-on privilégier ?
La base de données Agribalyse fournit les éléments pour répondre à cette question. La figure ci-dessous compare les impacts de ces trois chocolats selon les indicateurs les plus pertinents pour ce type de produit.

Il en ressort que le chocolat noir moyen consommé en France est le plus impactant sur la majorité des indicateurs. Cela est lié au fait que la proportion de cacao y est plus élevée et que cette production agricole est plus impactante que celle du sucre ou du lait présent dans les deux autres types de chocolat.
1kg de chocolat noir = 19 kg CO2 eq = 88 km en voiture thermique
1kg de chocolat au lait = 12,6 kg CO2 eq = 58 km en voiture thermique
1kg de chocolat blanc = 11,5 kg CO2 eq = 53 km en voiture thermique

Toutefois, ces résultats sont issus de données moyennes des produits consommés sur le marché français et sont à nuancer puisque, selon la pratique agricole mise en œuvre pour la culture du cacao (agroforesterie, agriculture conventionnelle, agriculture biologique, etc.), ces tendances peuvent s’inverser au sein d’un même pays, comme par exemple au Brésil où la déforestation est mieux contrôlée[9].
D’après Agribalyse, consommer des chocolats garnis de fruits secs, par exemple les pralinés amande ou noisette, aurait moins d’impacts que consommer du chocolat pur, car la quantité de cacao est moins importante. Sur le même principe, consommer du chocolat noir à 40% de cacao a moins d’impact que consommer du chocolat noir à 70% puisqu’il contient une plus faible quantité de cacao (sous réserve d'en manger la même quantité).
Comment agir concrètement pour un chocolat de Pâques plus responsable ?
Le chocolat noir est certes plus impactant que le chocolat au lait et le chocolat blanc, mais il reste le plus recommandé d’un point de vue nutritionnel (car moins sucré et moins calorique). Pour en savoir plus sur la consommation recommandée de sucre et de chocolat, voir les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de la Haute Autorité de Santé (HAS).
Différentes solutions existent pour choisir un chocolat qui a moins d’impact :
Limiter sa consommation de chocolat et le réserver pour des moments privilégiés tels que des évènements festifs ou pour se réconforter après une dure épreuve !
Privilégier les chocolats labellisés indiquant qu’ils ont été produits dans de meilleures conditions humaines et environnementales :
Label commerce équitable
Label Rainforest
Les chocolats bio ne sont pas cités ici, car même si leur production entraîne un recours plus faible à des substances toxiques (pesticides, engrais…), leur rendement est également plus faible. De plus, comme l’a indiqué Que Choisir dans un article sur la présence de cadmium dans le chocolat[10], les chocolats bio, principalement importés d'Amérique latine, présentent des taux de cadmium inquiétants du fait de la géologie locale et de la présence naturelle de cadmium dans les sols agricoles.
Utiliser des outils de comparaison des impacts sociaux et environnementaux des différents chocolats présents sur le marché comme, par exemple, la Chocolate Scorecard développée par l’ONG Be Slavery Free.
Même si des différences d’impact environnemental existent et positionnent le chocolat noir comme plus impactant, elles ne sauraient, à elles seules, fonder une recommandation de consommation. Le chocolat au lait et le chocolat blanc, plus riches en sucres et en matières grasses, soulèvent en effet d’autres questions, notamment nutritionnelles.
Dès lors, l’enjeu ne réside pas tant dans le choix entre noir, lait ou blanc, que dans une consommation raisonnée et la qualité des filières d’approvisionnement !
Rassurez-vous, vous pourrez toujours célébrer Pâques en dégustant du chocolat, à condition de consommer avec modération et de choisir des produits de meilleure qualité !”
[1] Syndicat du chocolat, 2010. Stratégie des marques - Etude du marché des tablettes de chocolat au lait.
[2] Syndicat du chocolat, 2010. Stratégie des marques - Etude du marché des tablettes de chocolat au lait.
[4]Syndicat du chocolat, 2010. Stratégie des marques - Etude du marché des tablettes de chocolat au lait.
[5] Nous avons sélectionné, représenté sur les graphiques et analysé les indicateurs qui, additionnés, contribuent à 80% de l’impact total en score unique (une fois classés du plus impactant au moins impactant). Le score unique, aussi appelé « single score EF », est une note environnementale construite par la Commission Européenne et calculée en appliquant des facteurs de pondération à chacun des indicateurs ; la pondération prend à la fois en compte la robustesse relative de chacun de ces indicateurs et les enjeux environnementaux. Ce score est exprimé en « Points ».
[6] C’est-à-dire la phase de production agricole elle-même, incluant l’ensemble des opérations réalisées sur l’exploitation, de la préparation du sol jusqu’à la récolte (utilisation d’engins agricoles, d’engrais, de produits phytosanitaires, etc.).
[7] Ministère de la Transition écologique, « Cacao », Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée.
[8] Une forêt primaire est une forêt naturelle ancienne, qui n’a pas ou peu été transformée par l’activité humaine, où la biodiversité est riche et les écosystèmes stables, permettant de fournir des services écosystémiques supérieurs ( stockage de carbone, purification de l’eau, régulation du climat, maintien d’habitats pour de nombreuses espèces...)
[9] Article Le Monde, « Climat : quel est l’impact carbone du chocolat ? », 14 Février 2025
[10] https://www.quechoisir.org/actualite-cadmium-dans-le-chocolat-une-contamination-bien-reelle-n167992/

