Gingko 21 a animé une table ronde sur l’ACV du bâtiment lors du congrès ACV organisé par le cd2e à Lille début novembre 2011. L’occasion de faire un point sur les applications de l’ACV dans le bâtiment.
Il y a une sorte de paradoxe à faire une ACV de bâtiment : contrairement à la production industrielle d’objets de série, la production des bâtiments ressemble à celle de prototypes : chaque bâtiment est unique dans sa conception et son implantation.
L’ACV d’un bâtiment existant peut donc difficilement être envisagée dans la perspective d’une amélioration du bâtiment. Pour autant, deux applications peuvent être proposées :
- soit les ACV de bâtiments existants, complétées par des analyses de sensibilité, permettront d’édicter des lignes directrices pour orienter la conception des bâtiments futurs,
- soit des ACV réalisées rapidement en amont du processus de conception d’un bâtiment guideront l’architecte vers les solutions les plus pertinentes.
Des lignes directrices pour la conception des bâtiments
Qu’apprenons nous des ACV déjà publiées dans le secteur du bâtiment?
- pour un batiment classique – pas pour une maison passive - la phase d’ utilisation domine le tableau, avec une contribution d’environ 70% a 80% des impacts. L’effort de conception doit donc se porter en priorité sur la réduction de la consommation en phase d’usage. C est bien le sens des mesures de la loi Grenelle relatives au bâtiment.
- l’énergie grise, c’est-à-dire celle nécessaire à la production des matériaux de construction, et peut-être demain l’énergie consommée sur les chantiers de construction et de déconstruction, représentera une part grandissante de l’impact total sur le cycle de vie, au fur et à mesure de l’amélioration de la performance énergétique du bâti.
- il n y a pas de matériau de construction clairement moins impactant que les autres. Étant donnée la variété des constructions, chaque matériau peut trouver son domaine de pertinence environnementale. A l’architecte d’ exploiter astucieusement les propriétés du matériau retenu : ainsi l’usage du béton commande-t-il en climat tempéré une conception qui valorise l’inertie thermique des murs, sols et plafonds, alors que celui du bois, à faible inertie thermique, appelle une conception différente.
- enfin, restons modestes dans notre ambition de maitrise des impacts environnementaux par la seule conception des bâtiments. Les mesures sur bâtiments habités intégrées à des ACV démontrent que le comportement des occupants est tout aussi impactant sur le bilan global du bâtiment que les choix de conception. Une fois de plus, cela confirme que les réponses aux enjeux environnementaux ne pourront pas être seulement techniques : des changements d’organisation, voire de culture, seront essentiels.
Des outils d’ évaluation rapide en phase amont de conception
De mutiples projets visent l’évaluation environnnementale rapide des performances environnementales des bâtiments. On peut distinguer 3 niveaux de sophistication de ces outils :
- les évaluations de matériaux couplées à un outil d’ ACV ( par exemple la base Inies des FDES et un logiciel comme Team Batiment et Elodie)
- la même configuration (BDD matériaux + outil ACV) couplée à un outil de simulation thermique dynamique (par exemple Inies + Equer + EneryPlus), éventuellement chaînée à une interface de modélisation graphique de type « Sketchup »
- la configuration ci-dessus couplée à un outil d’optimisation voire d’aide à la décision pour identifier les options de conception les plus favorables.
Force est de constater le foisonnement des initiatives. Les évaluations comparées d’un même bâtiment par différentes équipes réalisées lors de projets européens montrent que si les méthodologies peuvent converger pour réduire les écarts initialement constatés, les bases de données restent un point critique du processus, un travail de mise en cohérence s impose comme une nécessité pour conforter et crédibiliser ces démarches.


